[ Accueil du site ]

 

Au revoir Mongo Béti

Par Odile BIYIDI

Le dernier texte, puissant, limpide et tranchant, écrit par Mongo Beti, intitulé Repentance, rédigé pour AIRCRIGE, les rendez-vous qu''il avait, en octobre à Boston, en novembre au Canada, tout montre la vigueur intellectuelle et l'énergie physique qui l'ont habité jusqu'au bout. Pourtant au début d'octobre, une maladie du foie, jamais diagnostiquée auparavant, évoluant de façon foudroyante, l'a emporté en quelques jours. On ne peut que pleurer pour tout ce qu'il avait encore à dire et à faire dans un monde où l'on entend si peu la voix de la conscience étouffée par les intoxications des faiseurs d'opinion et les propagandes des ambitieux.

Inconsolablement privés de sa présence, nous avons désormais à méditer ce qu'il n'a cessé d'exprimer de ses premiers à ses derniers écrits, dans une carrière d'écrivain remarquablement précoce et prolongée, ce lyrisme qui donne le ton de toute grande oeuvre et dont André Breton disait qu'il est le développement d'une protestation . Toute sa vie Mongo Beti n'a cessé de protester, c'est-à-dire de témoigner pour l'humanité africaine. Grâce à lui on redira la spoliation des paysans planteurs de cacao, ô combien d'actualité, aujourdhui comme en 1935, la persécution et l'assassinat des grands leaders, laissant les masses africaines orphelines et désemparées en proie à de médiocres et inamovibles autocrates protégés par les puissances de ce monde, la vie de pantins désarticulés des gens dans les métropoles de la corruption et de la misère. Romans et essais ne cessent de dire et de redire la même indignation.

Il avait toutes les passions sauf le culte de lui-même et la vanité de l'écrivain banal. Avec un parfait désintéressement il s'est lancé, à peine sorti du combat pour son livre interdit, dans l'aventure d'une revue, pour que les jeunes talents africains puissent s'exprimer librement. Tout juste libéré des lourdes contraintes de l'enseignement, alors qu'il aurait pu se contenter de cultiver sa notoriété et de promouvoir son oeuvre, il est allé en Afrique mettre le livre à la disposition d'un public d'autant plus avide de lire qu'il est dépossédé de la parole. Il poursuivait aussi son rêve d'enfant, un village actif, prospère et heureux, non dans la nostalgie du folklore mais dans la conquête de la modernité, au coeur d'une forêt nourricière, protectrice et protégée.

Dans la poursuite de ce rêve il a dilapidé ses forces. La mort l'a privé de la vision de la terre promise. Il est maintenant, comme le poète prophète décrit par Hugo, qu'il aimait, un de ces phares qui éclairent la route semée d'embûches.

Odile Biyidi-Awala.
Rouen le 2 novembre 2001.